Mieux que le casting de The Expendables !

2 septembre 2013, 23h59 : Après un été pourri sur le marché des transferts, rythmé par d’incessantes rumeurs et déceptions, United et David Moyes annoncent avec fierté avoir signé Marouane Fellaini en provenance d’Everton. Le grand touffu sera le seul renfort d’une équipe alors encore fraîchement couronnée championne d’Angleterre, pour la 20ème fois… Inutile de vous conter la suite.

2 septembre 2014, environ 2h du matin : United officialise le transfert, sous forme de prêt avec option d’achat, de l’un des meilleurs attaquants du monde : Radamel Falcao (Colombie, Monaco). El Tigre vient boucler un mercato complètement fou de la part des Red Devils, le plus onéreux de son histoire et le plus impressionnant jamais observé au club. Car moins d’une semaine plus tôt, c’est un autre grand nom du football international qui a endossé la prestigieuse tunique rouge : Angel Di Maria, joueur essentiel du Real Madrid champion d’Europe, et finaliste de la défunte Coupe du Monde au Brésil. Si on nous avait dit au mois de juin que ces deux-là seraient à Old Trafford début septembre, nous aurions bien rigolé, et nos concurrents aussi. C’est pourtant aujourd’hui une vérité : deux des plus grands joueurs du monde ont renoncé à la Ligue des Champions pour rejoindre le club qui a terminé 7ème au classement de la Premier League l’an dernier. Et ils ne sont pas les seuls, les bougres ! Luke Shaw (arrière gauche, Angleterre, Southampton), Ander Herrera (milieu, Espagne, Bilbao), Marcos Rojo (défenseur central/arrière gauche, Argentine, Sporting Lisbonne) et Daley Blind (milieu/défenseur, Pays-Bas, Ajax) complètent un mercato 6 étoiles de la part d’Ed Woodward.

Le même Woodward qui avait annoncé la couleur au début de l’été avec un désormais célèbre « Watch this space » et que les supporters ont fustigé dès le coup de sifflet final du match d’ouverture de notre saison (vs Swansea, défaite 1-2). A ce moment, seuls Shaw et Herrera ont apposé leur signature au bas d’un contrat. Deux renforts de qualité mais qui avaient été pisté par David Moyes bien avant l’arrivée de Van Gaal. Les supporters veulent Vidal, Hummels, Kroos… mais personne n’arrive. Alors, subitement, Van Gaal devient un incapable, Woodward doit démissionner et les Glazers peuvent crever la gueule ouverte. Peu importe, Louis et Ed continuent à s’afférer en coulisses, et pendant que Rodgers signe des Manquillo, Lovren ou Can tout en annonçant que United ne peut pas attirer de grands noms sans participer à la Ligue des Champions, Rojo et Di Maria font le forcing pour rejoindre la révolution Van Gaal. Les jours passent et la rumeur Vidal s’éteint peu à peu. Qu’importe ! Daley Blind (élu meilleur joueur du championnat hollandais) sera notre sentinelle devant la défense. United, qui compte onze blessés dans son noyau, va chercher un deuxième petit point sur le terrain de Burnley. Malgré leur puissance offensive (Mata, Di Maria, Rooney, Van Persie), les Red Devils restent muets face aux promus. Louis et Ed décident alors de réaliser un dernier joli coup de poker, au nez et à la barbe de City, Liverpool, Arsenal ou le Real en s’offrant Falcao, excusez du peu.

En tout, United aurait dépensé quelques 200 millions d’euros. Une démonstration qui a bien entendu provoqué de vives réactions chez nos concurrents, visiblement irrités de constater que non, nous ne sommes pas morts ni en perdition ni moins attractifs, mais, plus étonnant encore, chez nos propres supporters !! Ceux-là même qui râlaient deux semaines auparavant sur le manque d’ambition du club, l’amateurisme de Woodward, les grippe-sous de Glazers, s’offusquent des montants déboursés ou du recrutement de noms bien ronflants. Si ce mercato m’a appris une seule chose, c’est que la majorité de mes semblables ne seront jamais contents. On parle de perte d’identité du club, nous copierions les modèles que nous avons toujours critiqué, nous ne valons pas mieux que les Chelsea, City ou PSG, nous serions des pigeons…

La vérité (la mienne, du moins), c’est que nous ne pouvions plus nous contenter d’un gros transfert tous les deux ou trois ans, en complétant avec des jeunes ou d’autres renforts à potentiel. Seul Sir Alex pouvait tirer le meilleur (un titre) d’un groupe aussi peu qualitatif, pendant que les autres grosses cylindrées (et même Arsenal) alignaient les millions pour être toujours plus compétitifs. Regardez l’effectif de Chelsea ou City, qui pourraient facilement aligner chacun deux onze totalement différents et rester compétitifs en Angleterre ou même en Europe. Louis Van Gaal sait qu’il ne peut pas lutter avec des joueurs certes sympa mais trop limités tels que Young, Valencia, Anderson, Nani ou Chicharito. Le hollandais a fait le ménage que beaucoup réclamaient déjà du temps de Fergie : renforcer une équipe tout en se séparant de ceux qui n’ont pas (ou pas encore, pour Powell ou Keane) le niveau de ses ambitions. Du coup, exit les Bebe (Benfica, définitif), Büttner (Moscou, définitif), Zaha (Crystal Palace, prêt), Nani (Sporting Lisbonne, prêt avec option), Kagawa (Dortmund, définitif), Lawrence (Leicester, définitif), Powell (Leicester, prêt), M. Keane (Burnley, prêt), Chicharito (Real Madrid, prêt avec option), Cleverley (Aston Villa, prêt avec option) et… Welbeck (Arsenal, définitif).

5ème attaquant à MU, 1er à Arsenal !

Nous reviendrons sur le dernier plus tard, car il a provoqué une vague d’émoi au sein de notre communauté. Si Young, Anderson et Fellaini sont les heureux survivants de ce premier exode, on ne peut que saluer ce dégraissage intensif. Van Gaal a les couilles requises pour organiser cette grande purge. J’ai beau aimer Chicharito depuis le premier jour, il est évident qu’il ne sera jamais un titulaire indiscutable à United. Son sens du but est indéniable, tout comme son contrôle de balle est horrible et son apport dans le jeu proche du zéro absolu. Je suis l’un des rares à apprécier Cleverley, mais sa confiance est minée par les critiques souvent injustes et il faut s’y résoudre, il ne sera pas le prochain Paul Scholes. Nani est parfois génial, mais trop souvent banal. Kagawa a un talent fou, mais ça ne collera jamais chez nous, certaines unions sont incompatibles. Il faut parfois raisonner avec sa tête, et non avec son cœur… Ce qui nous amène au cas Danny « dat guy » Welbeck. Transféré chez les Gunners dans les dernières minutes du mercato, le gamin du club semble avoir fait le forcing pour partir définitivement, et non sous forme de prêt, probablement conscient (ou informé par van Gaal) que son temps de jeu n’allait pas s’améliorer cette saison. On peut aimer tout ce que représente Welbeck à United, mais vouloir le conserver dans l’effectif juste parce qu’il est l’un des nôtres et qu’il fait de son mieux quand il est sur le terrain tient plus du romantisme que du réalisme. Le seul point noir étant qu’il parte chez un concurrent au top four, mais il le mérite et je lui souhaite de s’épanouir à l’Emirates Stadium. Ajoutons enfin que le départ de Welbeck signifie peut-être l’éclosion de James Wilson, autre jeune attaquant du cru, très prometteur.

A ce propos, la Premier League a publié les listes des joueurs de chaque équipe pour cette saison, et il s’avère que United est l’équipe qui, malgré l’exode de nombreux anciens ou joueurs formés au club ou le recrutement hispanophone, compte le plus de « home grown talents » que n’importe quel autre club de l’élite. Pour comparer, il y en a douze à United contre trois à Chelsea… Oui, Van Gaal n’a pas hésité à se séparer de nombreux éléments, dont des jeunes, mais si le batave n’a pas hésité à recruter cher et étranger, il a aussi su donner leur chance à des jeunes comme Blackett, James ou Lingard. A nouveau, le départ de Welbeck signifie que, dans sa tête, Wilson est meilleur. Et puis, ceux qui connaissent un minimum la carrière du hollandais savent que c’est lui qui a lancé au Barça ou au Bayern les Xavi, Iniesta, Müller, Alaba ou Badstuber… Si un jeune est meilleur qu’un vieux, il jouera. Simple et sans appel.

Autre sujet de déception chez certains supporters, le manque de renforts au poste de défenseur central. Etant donné que Hummels et Benatia ont décliné l’invitation, je ne vois pas trop quelle pointure était disponible à ce poste. De plus, aux Jones, Smalling et Evans sont venus s’ajouter Rojo et Blackett (encore un jeune du club…). Il manque certainement un patron, mais le chantier débute à peine et nous devons pouvoir viser un top four avec nos défenseurs actuels, qui vont s’entraîner tous les jours, dois-je le rappeler, contre Rooney, RVP et Falcao.

I buy who I want BITCHES !!

Ce mercato a donc été long, éreintant, tumultueux, surprenant, énervant, excitant… Et s’il divise les supporters de United et même le fan de foot en général, il nous permet de tirer quelques conclusions tout de même : United a la puissance financière de ses concurrents et peut attirer des pointures internationales, sans foot européen ; Ed Woodward a gagné ses premiers galons de directeur sportif et a fermé pas mal de bouches en deux semaines ; il y a à nouveau une saine concurrence dans l’équipe, ceux qui se pensaient intouchables vont devoir se remettre au boulot pour mériter leur place dans le onze, voire dans les seize, Van Gaal ne fera pas de sentiment ; et le sexagénaire n’a plus d’excuse en cas d’échec (objectif cette saison : le top four). Le club lui a témoigné sa confiance et a aligné les millions pour lui offrir un effectif riche et compétitif (et ça devrait continuer au prochain mercato puisqu'on annonce déjà Strootman, Reus et Hummels, sans oublier la sempiternelle rumeur du retour de CR7).

La pression est donc sur notre nouveau manager ; nous attendons encore notre première victoire en championnat après trois journées, alors que notre début de calendrier laissait espérer un début relativement tranquille, et nous avons été humiliés en Coupe de la Ligue face à une équipe de troisième division. Mais nous, supporters, devrons nous montrer patients, car une équipe ne se (re)construit pas en un mois. La patience n’est pas notre qualité première, mais c’est probablement le prix à payer pour toutes ces années de succès insolent. Et si ces débuts sont encore pires que ceux de Moyes, l’assurance et la sérénité de Van Gaal rassurent. Il n'a qu'à lire les commentaires des supporters de nos rivaux pour détecter à nouveau la peur. Il sait clairement où il va, et je suis prêt à le suivre… Et vous ?

GLORY GLORY MAN UNITED