Bebe_006Quand la nouvelle tomba mardi soir rapportant que Sir Alex Ferguson avait encore acheté un nouvel attaquant, la réaction de beaucoup de supporters de Manchester United était très semblable à celle qui suivit l’annonce du transfert de Javier Hernandez en avril dernier. Parfois, il est inutile de faire semblant et, dans le cas de Bébé, même les esprits les plus affutés et calés du football étaient incapables de sortir une seule anecdote ou d’expliquer comment un footballeur qui n’avait jusque là même pas de page dédiée sur Wikipedia, encore affilié à un club de troisième division portugaise il y a cinq semaines, avait subitement débarqué à Old Trafford pour la somme conséquente de 9 millions d’euros.

Quelques mois après la signature d’Hernandez, le mexicain a déjà démontré que la cellule de recrutement de United avait peut-être découvert un de ces joueurs qui font que toutes les difficultés inhérentes à ce travail en valent la peine. Lors des prochains mois, nous pourrons voir si le Bébé âgé de 20 ans sera vu de la même façon. A l’opposé, il y a assez d’exemples à Old Trafford – Dong Fangzhou, Manucho ou même Diego Forlan – pour comprendre qu’il peut en être tout autrement. Tout ce dont nous pouvons être sûrs à propos de ces deux attaquants recrutés pour jouer les doublures de Wayne Rooney, c’est que le football peut produire des histoires diamétralement opposées.

Alors qu'Hernandez grandit dans le cadre bucolique de Guadalajara, naquit dans une grande famille du football mexicain et étudia l’économie dans l’une des meilleures universités du pays, l’histoire de Bébé commence dans la rue, avant d’être « sauvé » en étant recueilli par la Casa do Gaiato, maison d’accueil basée à Loures, au nord de Lisbonne, pour les orphelins et les enfants défavorisés. Un véritable scénario de film. On raconte que quand Bébé (le surnom que son frère aîné lui donna) revient à Loures, il séjourne toujours dans l’imposant bâtiment de béton qu’il appelait sa maison. C’est là qu’il apprit à jouer, le plus souvent sur un court de tennis en béton.

« Ce joueur est le fruit du foot de rue » déclare son ancien manager à Estrela de Amadora, Jorge Paixão. « De nos jours les joueurs sont scolarisés dans les clubs mais lui pas. C’est un joueur à l’ancienne. Il a appris à jouer dans la rue et a cette créativité naturelle, une irrévérence, qui font toute la différence. »

Bébé, ou Tiago Manuel Dias Correia de son vrai nom complet, est né de parents cap verdiens, tout comme son nouveau collègue Nani. Dans la municipalité de Sintra, une région d’une grande beauté naturelle, avec son parc national, sa chaîne de montagne, le Palais Pena et le Castelo dos Mouros, édifice du IXème siècle.

Des milliers de lisboètes y viennent en touristes chaque année et Lord Byron en parlait comme du « Plus bel endroit au monde » mais la famille de bébé vivait dans la pauvreté à Cacem, une ville dortoir décrite par un journaliste comme « un endroit horrible, contrastant avec les beautés de la campagne ou la richesse culturelle de la ville ».

Il joua en équipe de jeunes à Loures et c’est quand il était à la Casa do Gaiato qu’il fut invité à disputer la Coupe du Monde des sans abris.

Peu après, Bébé fut engagé par Estrela da Amadora, petit club de la banlieue de Lisbonne. Là-bas, ses statistiques ne furent pas particulièrement impressionnantes – 4 buts en 26 apparitions – mais ce fut suffisant pour convaincre Vitoria de Guimarães de lui offrir un contrat de cinq ans cet été quand il devint accessible sur transfert gratuit.

Oubliez le romantisme de l’histoire classique du pauvre-qui-devient-riche, et restent les questions de la gérance de United. Ont-ils besoin d’un huitième attaquant ? Et pourquoi ne pas l’avoir enrôlé quand il ne coûtait rien ? Carlos Queiroz est impliqué et Ferguson, confiant envers son ancien assistant, a convaincu les Glazer de payer la clause de 9 millions d’euros demandée par Guimarães.

« C’est un joueur que nous surveillions mais il s’est vraiment révélé lors de la dernière semaine » avouait David Gill, directeur exécutif de United. « C’est un joueur à potentiel et le vœu principal de United est de faire venir des joueurs qui ont un potentiel. Espérons que ça marche. »

Guimarães est le grand vainqueur, jouant bien le coup, et annonçant avoir reçu quatre offres, dont une du Real Madrid. Quand à Bébé, United va l’envoyer à ses leçons d’anglais et une vie de riche l’attend. « Je rêvais de jouer pour un grand club » dit-il. « Ce rêve est devenu réalité. Le football peut changer des vies. »


To be continued…


Source : The Guardian, Daniel taylor

PS : Toute ressemblance avec Goal ! La naissance d'un prodige est purement fortuite.